Classiquement défini comme un joueur axial à vocation offensive, le meneur de jeu est un joueur aux qualité techniques hors-normes capable d’orienter le jeu et de débloquer un match à tout moment par une passe, un dribble, un tir…

Des joueurs de ce genre, le Cameroun en a toujours connus lors de ses moments de gloire : AbegaThéophile , Mbida Grégoire, Tokoto Jean-Pierre, Ngom Komé Daniel, Emana Achille… Ce sont tous des joueurs au touché de balle exceptionnel dont le style et la justesse technique mettaient les défenses adverses en difficulté. Des joueurs sans qui le jeu est ordinaire, prévisible et peu attrayant.

Depuis plusieurs années, fort est de constater que dans les sélections Africaines et particulièrement celle du Cameroun, l’on peine à trouver un joueur ave l’ADN de meneur de jeu. Un joueur à la vista et aux qualités techniques hors normes qui crée le jeu et assure le lien entre la défense et l’attaque. Ce joueur sur qui on peut s’appuyer pour débloquer un match lorsque tous les schémas classiques ne fonctionnent pas. A ce mal, nous avons trouvé une panoplie de causes directes et indirectes…

LA FORMATION…

Cette raison concerne principalement les joueurs formés au Cameroun. Par formation, nous entendons précisément le style d’entraînement et de suivi des jeunes talents. Ceci est d’autant plus visible lorsqu’on regarde les championnats d’élite 1 et 2. Les équipes sont focalisées sur l’apport physique et le combat, très souvent au détriment des qualités techniques intrinsèques des jeunes. De plus, les modules de formation soumis aux formateurs tiennent compte de l’amélioration du jeu sans pour autant spécifier les programmes de travail tendant à améliorer le joueur en lui-même ( principal acteur du jeu). Il est donc devenu plus récurent de voir des jeunes joueurs perdre leurs qualités techniques au rythme de leur passage en catégorie supérieure.

L’EXPATRIATION DES TALENTS…

Face à tout ce qui mine  la formation et l’épanouissement des footballeurs Camerounais, nombreux sont tentés de saisir la moindre occasion de décrocher un contre ailleurs. En soi, le fait d’aller jouer dans un autre pays (généralement plus propice à l’évolution) ne constitue pas un problème. Le problème intervient au niveau du profil recherché en Afrique par ces recruteurs venus d’ailleurs. La crème du football local est expatriée très tôt et très souvent pour évoluer dans des postes en retrait.

En ce qui concerne les joueurs qui s’envolent vers l’Europe, il existe ce stéréotype selon lequel le profil de l’Africain est celui du joueur physiquement imposant et bagarreur. C’est ce profil qui est le plus vendeur auprès des clubs Européens. Il nous arrivent au quotidien de voir un des nôtres évoluer désormais en ligne défensive en Europe alors que tout le monde lui reconnaissait des qualités techniques exceptionnelles capables de faire la différence au poste de « 10 ».

D’ailleurs, certains analystes voient dans cette pratique une volonté internationale bien conçue et appliquée aux joueurs Africains pour empêcher aux équipes Africaines d’avoir des joueurs aussi exceptionnels que Jay Jay Okocha balle aux pieds. Car nous savons aujourd’hui que toutes les équipes ou presque qui font les meilleurs résultats aujourd’hui ont dans leur rang un milieu de terrain capable de changer le cours d’un match décisif.

LA PLANIFICATION…

Le football est quasiment devenu une discipline scientifique où tout se calcule, tout se prévoit à l’avance pour obtenir un résultat. Depuis le départ d’un certain Achille Emana, est-ce qu’un plan de relève a vraiment été mis en place? Près de 10 ans plus tard, c’est pas l’impression que nous avons. Au détriment d’un génie du milieu de terrain, le football Camerounais se préoccupe beaucoup plus de la lignée de ses grands attaquants : Roger Milla, Patrick Mboma, Samuel Eto’o, Aboubakar Vincent… qui d’une manière ou d’une autre assure des titres et font de ce fait oublier l’éternel problème de planification.

Interrogé sur la question, Angu Lesley promoteur de Kick 442 déclare : « On est dans cette situation aujourd’hui parce qu’on n’a pas travaillé dessus. Toutes les sélections, tous les clubs de football travaillent sur le résultat. En dehors de quelques buts hasardeux pendant le match, rien n’arrive au hasard dans le football. Pour réaliser un projet dans le football, il faut planifier. » Des propos qui viennent confirmer le besoin pour le football Camerounais de se reposer sur un plan à long terme si la Sélection veut faire mieux que des quarts de finale de Coupe du Monde par exemple.

 

INCIDENCE ET SOLUTIONS.

Le manque de créativité dans l’entrejeu de l’équipe du Cameroun est criard depuis plusieurs années. Ceci a d’ailleurs un impact direct sur les résultats car il y a très peu de variation dans le jeu et de joueurs capables de faire la différence par une passe ou une vision différente du jeu. Hors, il est devenu primordial d’avoir cette classe de joueur dans ses rangs. Celui qui s’en rapproche le plus actuellement c’est Zambo Anguissa souvent trop absorbé par les tâches défensives et donc beaucoup plus appelé à évoluer en retrait. Pour pallier à ce problème, faudrait étudier les solutions à court terme et à long terme.

Parlant des solutions à court terme, il serait important de rechercher ce profil parmi les joueurs binationaux susceptibles d’intégrer l’équipe nationale. Ceux là qui ont une formation Européenne et les caractéristiques pour évoluer dans le domaine recherché. D’ailleurs, le sélectionneur a souvent supervisé nombreux d’entre eux et nous espérons qu’il continuera de mener sa mission.

Les solutions les plus durables passent inéluctablement par un plan à long terme. Elles consisteraient entre autres à adapter les modules de formation à l’amélioration du  joueur, subventionner et s’impliquer davantage dans le football jeune afin d’éviter la fuite des joueurs de moins de 20 ans. Des institutions telles que l’ANAFOOT ont été mises sur pied pour détecter et encadrer les joueurs très tôt, il serait de bon ton qu’on y retrouve le numéro « 10 » tant attendu. Ce joueur capable de prendre le match à son compte dans des moments critiques, lorsque toutes les tentatives classiques ont échouées.

 

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By RK14

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