L’ancien coach des lionnes indomptables, joseph Brian Ndoko, dans un entretien accordé à notre rédaction fait le bilan de son passage dans le monde du football féminin

Bonjour coach, veillez-vous présenter à nos lecteurs

Joseph NDOKO, je pense que je suis de la première cuvée des entraineurs avec des licences A CAF au Cameroun.

Beaucoup de personnes vous ont découvert sous la casquette de coach des lionnes indomptables seniors, Bien avant ce poste, qui étiez-vous ?

Je suis entraineur depuis 2010 avec DAK 2000, après je suis aux Astres ensuite j’ai déposé mes valises à l’Aigle Royal de la Menoua. C’est de là que je pars pour la sélection des lionnes indomptables.

Comment faites-vous pour entrer dans le monde du football féminin ?

L’entrée dans le football féminin ne fût pas facile. Déjà c’est le même ballon, il ne devient pas carré quand c’est les filles qui le jouent. Du coup je me suis retrouvé en train d’être extrêmement exigeant envers les filles. Pendant les premiers stages, je n’avais plus de voix. Et il a fallu que progressivement les autres me fassent comprendre un certain nombre de choses. A la troisième semaine, les filles m’ont dit coach vous ne perdrez plus votre voix, on a fini par comprendre votre philosophie. Et je profite la tribune pour les remercier puisqu’après elles avaient rapidement assimilé.

Quel est le sentiment qui vous a habité quand on décide de vous faire endosser la grosse responsabilité de manager l’équipe nationale ?

C’est un sentiment mitigé, parce qu’en ce moment j’ai l’impression que le ciel me tombe sur la tête. J’ai du mal à comprendre pourquoi la providence m’envoie chez les femmes. Deux jours plus tard je me suis retrouvé en train de réaliser qu’il ne fallait pas avoir peur. Autour de moi j’avais quand-même des gens qui pouvaient me conseiller sur ce qui est du football féminin, et c’est ce qui s’est passé. Il a juste fallu que je comprenne qu’il y avait de différence qu’au niveau du sexe, c’est vrai que le football féminin a ses réalités, mais rapidement je me suis adapté.

Quels étaient vos objectifs personnels avec cette équipe ?
Les ambitions personnels avec une équipes, ça toujours été mon leitmotiv. Chaque fois que je prends une équipe, mon problème c’est d’atteindre le plus haut niveau possible. Donc quand je vais à la CAN je n’ai pas besoin qu’on me donne une feuille de route, je regarde les filles que j’ai ensuite j’analyse mes potentiels concurrents. Qui peut me tutoyer sur le plan africain. Là je vois le Nigéria. Moi je partais à la CAN pour jouer 5 matchs, remporter la finale et automatiquement me qualifier pour le mondial. Ces trois choses étaient mes objectifs et Je l’avais fait savoir aux filles.

Est-ce que les moyens d’actions pour atteindre vos objectifs avec l’équipe des lionnes ont été mis à votre disposition ?

(Beuh…) écoutez, les moyens je vais vu d’autres équipes certainement mieux équipées que nous et je ne veux pas revenir sur les faits. Par exemple je n’avais personne pour s’occuper de l’analyse vidéo ; j’étais obligé de m’appuyer sur les personnes qui connaissaient mon abnégation et je me mettais à leur écoute. C’est de cette façon que j’adaptais les séances d’entrainement plus ce qu’on avait et puis avec un pourcentage certainement faible j’essayais de mettre ça par rapport à l’équipe qui était en face de moi. J’aurais aussi voulu qu’on étoffe l’équipe médicale avec les personnes que j’avais choisies, connaissant leurs compétences ça aurait été mieux. Vous savez qu’à ce genre de compétition vous jouez chaque trois jours et vous avez 18 joueuses, il donc à chaque fois savoir remettre les joueuses à niveau, mais malheureusement ça n’a pas été trop ça.
A la CAN féminine Ghana 2018, les attentes sont placées sur l’équipe que vous dirigiez, mais le Cameroun est sorti au dernier carré par le Nigéria lors de la séance des tirs au but.

Selon vous, qu’est ce qui a manqué à votre équipe, qui pourtant avait largement dominé la rencontre ?
La demi-finale fut le moment où j’avais reconnu le travail abouti, ce que les filles avaient développé. En même temps c’était ma plus grosse douleur dans le monde du football de manière générale. Peut-être que j’étais audacieux, arrogant envers la certitude et les capacités que j’avais et à travers ces filles qu’on pouvait être capable de faire de bon résultats. Le football a aussi ses réalités voilà. On avait toujours l’impression que la réussite était là pour nous. On était trop confiant, mais le but nous a manqué. Je me rappelle de cette tête rageuse d’Ajara à la première mi-temps. S’il avait été ajusté, ça aurait pu faire quelque chose de bien. A un moment donné on n’a pas osé devant. L’équipe s’était contentée de priver l’adversaire du ballon et les voir courir ; on était content de les voir craquer mais on a manqué d’audace. Et aussi il était difficile d’enlever dans les esprits de ces filles qu’ne face c’était le Nigéria.

Après cet échec, vous êtes évincé du navire des lionnes indomptables, que s’est-il passé pour qu’on en arrive là ?

Je suis évincé, Oui mais jusqu’à nos jours, je l’ai déjà dit dans une de mes sorties, on ne m’a jamais notifié pourquoi. C’est ma plus grosse déception, j’étais très surpris. Ce licenciement avait coupé un élan fort de confiance avec beaucoup de filles. Pour votre question, je ne peux pas vous dire pourquoi cette décision (rire)

C’est avec un goût inachevé que vous partez de cette sélection, vous auriez voulu avoir combien de temps pour huiler votre machine ?
Je me rappelle lorsqu’on a fait le tirage du mondial 2019 ; j’ai la chance de partager la même table avec les icônes du football mondial tels que Kàkà, FIGO, Géremi N’jitap et bien d’autres. Juste après le tirage je leur ai dit qu’il fallait que je rentre à l’hôtel pour essayer de travailler sur nos adversaire avec le peu de matériel que j’avais ; ils ont cru que c’était la blague et m’ont dit que j’avais encore un an devant moi. Un an pour moi ça ne suffit pas, il faut que je profite du matériel que j’ai ici. Ça je l’ai encore en mémoire. Je suis rentré seul dans un gros bus de 90 places (rire) et jusqu’au matin je n’ai pas fermé l’œil. Il fallait que je découvre le background des joueuses de l’équipe adverse. Après ce travail de prise d’information, il fallait que je rentre préparer les miennes à ma manière. Et aussi à un pourcentage considérable tenir compte des réalités qu’on pouvait avoir en face de nous. Voilà ce que je peux vous dire en ce qui concerne le niveau où je voulais emmener ces filles. Huiler ma machine (heunn) si on m’avait donné encore un peu de temps on allait voir les filles autrement. J’avais besoin de deux ans de plus pour avoir une équipe solide. Puisque j’étais en pleine phase de rajeunissement. Certainement cela devait emmener plusieurs filles à maitriser le fonctionnement de la machine à temps, la philosophie, le projet de jeu pour qu’après on puisse être tout à fait d’accord.

Quelques mois après, l’équipe que vous aviez laissée se rend au mondial français 2019 avec un nouveau capitaine de bord. Le Cameroun atteint les 1/8e de finale de cette compétition, alors est-ce qu’on peut dire que c’était une bonne coupe du monde pour les lionnes ?
(Rire) je ne me réserve pas à ce niveau, car je n’ai pas beaucoup appris de ce que j’ai vu. Après il est question pour nous d’apprendre à nous adapter à faire de multiple stages et rencontrer des grandes équipes, peu importe le résultat en amical. Le fait de se frotter à nos difficultés nous fait grandir. A ce niveau, nous avons péché. Le Cameroun s’est retrouvé à faire quelques matchs amicaux, qui pour moi me semblaient ne pas être à leur place. On a enchainé des matchs au dernier moment et ce n’est pas évident. Il faudrait qu’on apprenne à se donner des moyens pour escompter des résultats meilleurs. Lors de cette compétition, il y a beaucoup d’individualité qui ont aidé cette équipe. Aussi le comportement face à l’Angleterre a un peu noirci l’image du Cameroun.
Si vous en avez, quels sont vos plus beaux moments passés dans le football féminin ?
Lorsque j’arrive, et je discute avec les filles, je leur fait comprendre que si un jour vous êtes mêlées à une transaction financière où on vous dit que le coach a besoin d’argent pour vous intégrer dans son équipe, je ne serais pas l’auteur de ces exigences. Les filles étaient contentes de le savoir. Et moi ça m’avait marqué. La relation que j’ai eu avec beaucoup de joueuses, même si des choses ont été relayées après, font partie intégrante de ma carrière. Vous savez on ne peut pas faire l’unanimité partout. Quand on s’en va jouer notre premier match au Congo, je passe mon premier discours, j’étais très fâché parce qu’on avait seulement gagné 5-0, et les filles étaient très surprises que je ne sois pas content de cette large victoire. La dédicace des maillots, c’est inébranlable comme souvenir (sourire). Je m’excuse auprès des filles parce que j’ai été extrêmement exigeant ; mais le monde d’aujourd’hui impose cette rigueur-là.

Quelques anecdotes dans votre carrière de coach ?
Comme anecdote, quand j’arrive dans la sélection des lionnes, il se disait dans les coulisses qu’on ne savait pas où je sortais. Et que si je suis là c’est parce qu’il existait un lien de parenté entre Monsieur Tombi et moi. Il se disait qu’il était mon oncle. Mais le jour que j’entre dans son bureau pour la première fois, il pose la question vous c’est qui ? (Rire) Le même scénario s’est répété au stade d’Odza lors d’un match de préparation. Il ne m’a toujours pas reconnu. C’est des choses qui font rigoler mais personne ne veut comprendre qu’il n’existe aucun lien de parenté. Aussi je me rappelle de monsieur Dissaké, le représentant du ministère qui nous a accompagnés, qui a eu un franc parlé énorme. C’est un monsieur que je respecte beaucoup. Merci à mon staff.

Depuis quelques années le Cameroun ne parvient pas à remporter le moindre petit trophée avec son équipe nationale féminine, qu’est ce qui bloque selon vous ?

Pour avoir ce qu’on n’a jamais eu, il faut faire ce qu’on a jamais fait. Certainement, il faut changer la donne, la manière de nous préparer, la manière de choisir le projet, la manière de considérer les gens. Tout par de la conscience et le reste viendra.

Après cette expérience avec les lionnes, qu’est-ce- que le coach Brian est devenu ?

Après l’expérience avec les lionnes, je reste le même coach. Je suis un coach formateur, je l’ai toujours dit, je ne peux pas clamer ce que je ne suis pas. J’ai toujours mon académie à Douala. Je suis sollicité pour des projets en parallèle. Je pense que je suis toujours au service su football camerounais, africain et mondial.

Est-ce que vous avez pour le futur des projets pour le football féminin camerounais ?
Je pense que je suis ouvert. Les mêmes personnes que j’ai laissé hier sont toujours proches de moi et continuent de solliciter mon aide en cas de besoin. Je salue l’humilité de certain coach avec lesquels on partage la même volonté d’améliorer le niveau de certaines filles. Les projets sur le football jeune, je suis concerné, football féminin, je suis toujours là donc voilà les projets il y en aura toujours.

Que faut-il changer pour que le football camerounais prenne définitivement son envol ?
Le changement de conscience. Nous le savons tous, heureusement que la direction technique est en train de prendre en charge la formation des entraineurs du football féminin, il faut réellement mettre un accent sur la compétence. A partir de ce moment, on va commencer à améliorer les choses. On doit apprendre à joindre les paroles aux actes. Il n’y a pas d’à peu près dans ce monde ; on doit pleinement d’investir. Je suis de l’avis de ce qui pense que si les conditions de vie de ces filles en club sont encore très précaires, si on ne sensibilise pas ces filles sur la gestion d’une carrière, si on ne met pas un accent sur l’éducation de l’hygiène de vie, tout ce serait une bataille vaine. On doit revoir tous ces accessoires qui accomPAgnent l’aspect technique.

Nous savons que chaque coach a son joker, quelle était le vôtre au sein des lionnes indomptables ?
(Rire) mon joker fût Abena Thérèse Ninon, pour vous dire vrai. C’est avec beaucoup de réflexion que j’avais pensé que c’était Abena. Mais sauf qu’à un moment donné je me suis rendu compte qu’il y avait aussi Ngo Mbelleck. Je crois que ces des personnes qui étaient les dépositaires de mon jeu. Mais malheureusement, Abena est un peu souffrante pendant la compétition ; son retour contre le Mali avait montré ce qu’elle valait vraiment. Elle avait d’ailleurs marqué deux buts.je voyais en elle une fille qui a refuser de faire autre chose que ce qu’on lui demandait. L’audace de la qualité technique de Mbelleck donnait l’équilibre à ce milieu qui s’appuyait sur le calme et la lecture de jeu facile de Raïssa. C’ »tait une équipe qui se stabilisait déjà. Quelques félicitations j’en ai reçu pour le nouveau visage que je montrais à chaque match avec les filles. Mais mon joker était Abena Thérèse Ninon.

Pour sortir coach, s’il arrive qu’aujourd’hui on vous rappelle en sélection, qu’elle serait votre réaction ?
En reprenant la sélection ce serait quelque chose de bien, si cela arrive. Moi je n’ai pas de souci. Et j’y arriverai avec un espoir que les jeunes filles que j’ai eu à voir n’ont pas complètement perdu les traces du projet de jeu qui leur avait été enseigné et qu’elles commençaient déjà à maitriser. Et elles pourraient rapidement se fondre dans le jeu si cela arrivait. Moi j’ai toujours regardé l’équipe nationale comme une responsabilité énorme, dans laquelle il est interdit de faire du n’importe quoi. Je me plais toujours à donner les sourire et les larmes de joie et non les larmes de tristesse. A ce niveau, je peux puis vous rassurer que je reste accessible.

La rédaction de foot féminin vous remercie pour votre disponibilité coach.
Je vous remercie aussi de manière sincère. Puisque je n’ai pas fait assez de sortie à propos. J’interpelle aussi vous les médias, que si vous vous rapprocher de la source, plus ce sera important pour tout le monde. J’ai vécu, je sais de quoi je parle, des choses inacceptables, pas vrais qui ont été relayées en longueur de journée par les médias. Alors qu’ils ne s’étaient jamais rapprochés de la source pour vérification. La communication est importante, mais mettons la main dans la main pour essayer de faire en sorte que le sport de manière générale que le sport e Afrique puise briller. Merci pour tout.

1484

By GL237

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *