Pendant longtemps, Yvonne MBALLA a fait sensation sur les pelouses vertes durant sa carrière de footballeuse. Aujourd’hui en retraite aux USA, la joueuse connait une reconversion réussie.

«(…) Je suis née footballeuse »

Yvonne Rose METENDE MBALLA, fait partie de la cuvée des joueuses qui ont vu le football féminin camerounais faire ses premiers pas. Très jeune, la fille développait déjà un attachement particulier pour le cuir. Grandi dans une famille de 11 enfants, dont 6 filles et 5 garçons, au quartier Atangana Mballa, Yvonne, 7ème né, a commencé à jouer dans la cours avec à ses frères : « comme tous les enfants j’ai commencé à jouer avec mes frères et les garçons de mon quartier ; j’étais très jeune ; j’avais 5 ou 6 ans. Je dirais que je suis même née footballeuse, puisque j’aimais tellement jouer au foot » Yvonne va grandir avec cette habitude sportive ; chaque fois que ses frères avaient un match de football, elle n’hésitait à se rendre au lieu du match pour les voir jouer. Lors d’une finale du tournoi de la coupe, organisé par les Brasseries du Cameroun, Yvonne va faire un constat bouleversant alors qu’elle était seulement partie supporter ses grands frères : «  Je ne savais pas que les filles avaient des tournois de foot bien structurés. C’est pendant la levée des rideaux d’un tournoi de coupe que je constate qu’en dehors du match des garçons, il y avait un match des filles. Je n’arrivais pas du tout à croire que cela était possible. Je devais avoir 10_11 ans. J’étais tellement émue que beaucoup d’idée sont passées par ma tête »
Foudre d’Atangana Mballa : repéré par Papa Bolingo

En 1985, Yvonne Mballa devient une joueuse du club de son quartier Foudre d’Atangana Mballa. Un club crée par créer par celle qu’elle a nommé Papa Bolingo. La joueuse est revenue sur les circonstances dans lesquelles le monsieur a abordé sa famille pour pouvoir l’enrôler «  papa Bolingo s’est rapproché de mes parents pour leur présenter le projet. Vu que mes parents, bien que n’ayant pas refusé ma passion de jeune footballeuse, avaient un regard assez objectif sur ce que je faisais, Ils ont demandé à Papa Bolingo de veiller sur moi puisque j’étais encore très jeune. C’est comme ça que je me retrouve dans mon tout premier Club, qui d’ailleurs était un club de mon quartier ».
La joueuse ne passera qu’une seule saison avec les filles d’Atangana Mballa avant de rejoindre une autre nouvelle équipe qui venait juste de voir le jour : il s’agissait de 33 Fille d’Etam Bafia, un club crée par M.EFFA. Pendant deux années pleines, Yvonne va rendre service au club avant d’avoir un passage à vide de deux ans pour des raisons scolaires : « j’ai passé deux ans avec les fille d’Etam Bafia. Mais rapidement, je vais devoir partir de la ville de Yaoundé pour aller poursuivre mon cursus scolaire en classe de 4ème dans la ville de Nguelmendouga. Je vais y passer deux ans et par la suite décrocher mon BEPC » pendant ce temps, Yvonne était très loin des stades de Yaoundé remplis des jeunes filles passionnées de football comme elle. Il fallait à tout prix consommer le supplice pour rester en parfait accord avec les parents. «  j’ai passé deux ans sans véritablement jouer au football ; comme j’’étais une fille docile, il fallait que je fréquente pour davantage être en accord parfait avec mes parents, qui ne s’ étaient jamais opposés au fait que je sois footballeuse. D’ailleurs l’obtention de mon BEPC, je suis revenu à Yaoundé »

Les grandes années avec le Canon Fille de Yaoundé

En 1990, pendant que le précurseur du football féminin camerounais, Atangana Zogo Degonzack, de regretté mémoire, est en train de former le canon Filles , il décide d’inclure Yvonne Mballa dans le projet tout en lui garantissant son avenir «  après mon BEPC, monsieur Atangana décide me prendre par la main ; il me fait inscrire au lycée Leclair et me recrute dans son équipe, qu’il se voulait jeune et dynamique puisqu’il venait de perdre une partie de son effectif, qui avait décidé de rejoindre un autre club » C’est dans ces circonstance de reconstruction que l’ancienne milieu de terrain des lionne rejoint les rangs du Canon. Elle va y passer 7 bonnes années. Un passage qui a déterminé les courbes de sa carrière de footballeuse puisque de là, elle va gagner ses premier titres avec le canon de Yaoundé notamment la toute premier coupe du Cameroun féminine organisé en 1990. « Avec le canon, j’ai vécu des grands moment, j’y ai passé beaucoup de temps. Quand je pars de là, je suis cadre et je deviens capitaine après le départ de Djob Rita ». Yvonne quitte le canon de Yaoundé en 1997 pour aller partager son expérience dans le club que venait de créer sa sœur Mballa Assomo Omérine, la toute première dame présidente d’un club de football féminin au Cameroun. La footballeuse de la famille Mballa rentre alors dans l’équipe Familiale pour la faire rayonner sur l’échiquier du football National. Pendant deux ans, elle porte le maillot de Football d’or d’Atangana Mballa ; une aventure qui prend malheureusement vite fin «  j’ai rejoint l’équipe de ma sœur pour la bonne marche de ce projet mais malheureusement elle rencontre des petits soucis de santé qui ont grippé l’évolution de l’équipe. Au finish le club fut dissout » Pour se relancer, Yvonne Mballa rentre dans les Canon pour une saison avant de sortir du Cameroun pour d’autres challenges.

L’expérience américano-nigérian

La native de Yaoundé va mettre le cap sur le Nigéria voisin pour y poursuivre sa carrière. Elle signe en 2000 un contrat d’une année avec le club River Angels. En 2001 elle s’engage pour deux ans avec un autre club du Nigéria : l’Uyo Queens. Elle donc années au Nigéria avant de s’envoler pour les Etats-Unis d’Amérique « Grâce à  la grande sœur Anounga Antoinette, je vais voyager pour les USA. Elle y était bien avant moi et m’a servi de guide » Lindsey Wilson collège est le club dans laquelle Anounga avait souhaité que Yvonne joue. Rapidement, elle va bénéficier d’une bourse de sport et étude. «  Je pars de l’Afrique avec Un baccalauréat, donc je bénéficie d’une bourse qui me permet de suivre les études et le sport. Je joue un an pour les Lindsey Wilson avant d’être transféré pour Le Cumberland University, j’y passe deux ans et décide d’arrêter ma carrière professionnelle » c’est ainsi que la joueuse Camerounaise, ayant au total évolué dans 8 clubs, décide décidé de mettre un terme à sa carrière.

« (…) J’ai longtemps flirté avec l’équipe nationale »

Rose fait partie de la grande cuvette des joueuses qui ont défendu les couleurs du Cameroun dans compétition internationale. « Avec l’équipe nationale j’ai longtemps flirté. Je me souviens qu’on a disputé le tout premier tournoi des éliminatoire du mondial, je fais partie de l’équipe qui voyage pour le match aller au Nigéria et celle du match retour à Nfandena. J’ai fait pas mal de regroupement » Mais l’histoire Avec les lionnes était loin de susciter de l’admiration. Cette génération est dite fantôme ; bien qu’elle ait existée, elle n’est jamais entrer dans la mémoire collective. «  Avec le passage à vide des années 1997, la reprise n’était pas du tout facile. C’est comme ça que je pars définitivement de l’équipe en 2000 »

De footballeuse à d’autres professions : Une transition riche et réussie

Après sa carrière de footballeuse, Yvonne n’a pas rejoint le banc des retraités sans activités. Elle a continué avec ses études et d’autres formations en parallèle «  quand j’arrête ma carrière, je me lance dans le coaching. J’ai une licence C et D américaine ; J’entraîne pendant deux ans avant de décrocher un emploi dans une entreprise en tant que comptable. Et Je fais 10 ans de carrière dans la comptabilité » Cette adaptation dans une activité autre que le football va finir par désintéresser Yvonne qui était rongé par le désir de retrouver le monde du football. «  J’étais bien, sans problème, mais il y avait quelques chose qui me manquait en tant qu’ancienne footballeuse. Directement je me lance dans le sport management. Actuellement, je suis en train de peaufiner mon PHD dans le dit domaine » Outre ces costumes, Yvonne a également un mot à dire dans le domaine de l’arbitrage, car elle arbitre toutes les compétitions amateurs aux USA. Elle dispense aussi cours au Texas Womens University. Elle a co-fondé l’Association Nationale des Footballeuse du Cameroun (ANFC).
Avec un tel background, la fille d’Atangana Mballa peut se permettre d’analyser la situation dans laquelle baigne le football féminin camerounais

« (…) il existe un réel problème de structuration et de politique managériale dans le football féminin »

Manœuvrer par des multiples frasques depuis longtemps, le football féminin camerounais baigne dans un statuquo chronique. Pourtant pas mal de reformes ont été apportées, mais malheureusement elles sont restées formelles . Néanmoins, certains talents sont sortis de cette situation. Cela n’a pas toujours permis au Cameroun d’être récompensé par un trophée majeur. Yvonne Mballa pense que le problème est autre que sportif «  On ne peut aujourd’hui dire que la nouvelle génération est passé à côté de la plaque. Elle a porté très haut l’étendard du Cameroun lors des mondiaux canadien et français. On devrait plutôt revoir la façon dont est managé ce football, qui n’est pas difficile à suivre. Il existe un réel problème de structuration et de politique managériale dans le football féminin. On doit penser ce football et intégrer des personnes compétentes afin que la compétence soit le seul critère d’accession à tous les niveaux de ce football. Aujourd’hui tout est devenu ‘’argent’’ et il manque moins de passion dans la gestion du football »
Ces freins ne sont pas sources de désolidarisation pour Yvonne, qui reste disponible pour à toutes les sollicitations. Elle a déjà eu à apporter son soutien au club de football féminin tout en offrant à chaque coach de première division une tablette de coaching «  je suis disposée à donner à mon pays ce que j’ai comme connaissance. Je ne saurais fermer les portes à mes petites sœurs par exemple qui ont besoin de soutien et de conseils » elle profite de la tribune que lui offre notre magazine pour passer un petit conseil au jeune joueuse. «  Le football est devenu une profession, donc il faut se discipliner et faire passer la carrière avant les plaisirs de la vie. Puisque vous aurez besoin d’être en forme pour construire votre identité ; pour y arriver il faut travailler triplement et se transcender soi-même. » Conclut-elle.

Les Anecdotes de carrière de ‘’Ouazza’’

Ouazzani El shérif, milieu de terrain algérien, est le pseudonyme que le coach Oyem Vasco avait décidé d’attribuer à Yvonne «  une fois pendant qu’on était en regroupement, le coach Oyeme Vasco arrive, il et il va dire au coach principal que cet enfant joue comme El shérif Ouazzani. Mes coéquipières à leur tour avaient coupé court en m’appelant OUAZZA : le diminutif de Ouazzani. C’est mon petit nom de star »
Le football est un sport de sensations et de complicité, on y vit toujours des moments qui restent indélébiles. Yvonne en vécu une ribambelle et nous a confié les plus anecdotiques. «Lors de notre premier voyage avec madame Balmaient, qui avait tout fait pour qu’on dispute un tournoi en Europe ; parce qu’il manquait de moyen, l’équipe de football des hommes devait préparer le mondial 1990, on nous a offert 16 maillots pour une équipe de 18 joueuses. J’étais la plus petit du groupe et on me charge de distribuer les maillots. Je le fait et c’est après que je me rends compte que l’équipement était insuffisant et je n’ai pas eu de maillot. Mais Mani, une grande sœur du groupe me demande rester tranquille, et me promet le maillot. Je me suis échauffée et à la mi-temps, la grande sœur en question subit un choc et dit au coach qu’elle ne peut continuer. Etant donné que j’étais le seul milieu de terrain sur le banc pour la remplacer ; il me fallait donc un maillot pour effectuer mon entrée, c’est comme ça que Mani avait demandé à Bahoken de me passer le maillot. La règle était simple, celle qui jouait avec le maillot le gardait pour elle. Moi qui n’avais pas eu le maillot au début, voilà, j’en avais eu un à la fin. Un coup que Bahoken me rappelle toujours quand nous nous rencontrons (rire) ». Yvonne poursuit son récit avec l’anecdote sur la poigné de main du président de la république lors de la remise des trophées en 1991 : « Je ne me voyais pas en train de saluer le président de la république un jour. C’était inimaginable pour moi, mais ce jour je puis vous rassurer que pendant que le président m’adressait des petits mots de félicitation, jetais aux anges, je ne sais pas ce qu’il m’avait dit parce j’étais déborde de joie, je souriais seulement. Au lycée et au quartier j’avais gagné en respect. C’était un moment magique d’être là avec le président de la république.

Après ces riches moments passés dans le football, Yvonne Rose METENDE MBALLA est une femme mariée, mère de deux enfants qui vit aux USA.

Palmarès de Yvonne Mballa

Trois coupes du Cameroun et deux fois championne du Cameroun avec la canon fille ;
Championne Universitaire en 2004 avec Lindsey (USA),
MVP défensive Player 2007

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By GL237

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